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Éthique et RSE : quand l’engagement éthique se confronte à la crise – Volet 3/3

par | 16 Fév 2026 | Compliance Défensive : Prévention, Gestion de Crise, Tous

La RSE place l’engagement éthique au cœur de la stratégie, mais la crise en est le test ultime : devoir de vigilance, informations extra-financières, réputation et soft law exposent l’entreprise au risque de décalage entre discours et réalité. Cet article montre comment l’éthique ne peut plus être seulement une intention, mais une méthode fondée sur la vigilance, l’effectivité des moyens et la capacité à assumer ses responsabilités face à ses parties prenantes.

Introduction : La RSE, une promesse éthique mise à l’épreuve

Nous avons exploré comment l’éthique s’impose dans la crise sanitaire
(compliance, prévention) et la crise sociale (droit de grève, conflits d’intérêts).

Passons maintenant au niveau stratégique : celui de la RSE (Responsabilité Sociale de l’Entreprise).

La RSE est, par essence, une promesse éthique.
L’entreprise s’engage à aller plus loin que la loi, à participer à l’intérêt général,
à revisiter son lien avec la société.

Mais voici le paradoxe vertigineux : une crise est le moment de vérité
où cette promesse éthique peut voler en éclats dès la première difficulté.

 

RSE : Du volontarisme à la contrainte réglementaire

La RSE s’est d’abord caractérisée par le volontarisme :
les entreprises choisissaient d’aller plus loin, d’adopter des best practices
et des référentiels internationaux (Global Compact, ISO 26000, Principes Directeurs).

Mais progressivement, face aux scandales et aux crises environnementales,
la RSE est passée du volontaire au contraignant.
Des lois comme la Loi PACTE et le devoir de vigilance
ont transformé la RSE en une obligation légale.

L’objectif ? Transformer l’entreprise en agent de régulation
— un rôle traditionnellement réservé à l’État.

 

Le devoir de vigilance : L’entreprise responsable de ses parties prenantes

Le devoir de vigilance oblige l’entreprise à se donner les moyens
de vérifier que ses parties prenantes respectent les droits fondamentaux.

Cela inclut :

  • Le respect des droits humains
  • Le respect de l’environnement
  • L’absence de corruption
  • La transparence financière

Mais depuis l’arrêt Monoprix, le devoir de vigilance a un pouvoir
encore plus redoutable : il autorise l’entreprise à rompre brutalement des relations commerciales
avec un sous-traitant qui ne peut pas prouver son respect des droits fondamentaux.

C’est une arme puissante — et elle crée une cascade de responsabilités
tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

 

Les informations extra-financières : L’obligation de transparence

Depuis 2017, les grandes entreprises sont tenues de publier
des informations extra-financières couvrant :

  • La description du modèle commercial
  • Les politiques éthiques mises en place
  • Les résultats mesurables
  • Les risques majeurs
  • Les indicateurs clés de performance (KPI)

Particulièrement sur les enjeux environnementaux, sociaux,
le respect des droits humains et la lutte contre la corruption.

L’enjeu ? Rendre l’engagement éthique mesurable et vérifiable.

 

Soft Law et réputation : le pouvoir du « Shame and Name »

Au-delà des obligations légales, la RSE s’appuie sur un mécanisme puissant :
la gestion de la réputation.

Les stratégies de « shame and name » (publicité négative) sont redoutables :

  • Un scandale environnemental déglingue immédiatement l’image corporate.
  • Un manquement social dénoncé sur les réseaux peut paralyser une marque.
  • Un détournement de « raison d’être » donne prise aux critiques de greenwashing/socialwashing.

C’est pourquoi les entreprises intègrent désormais la raison d’être
dans leur objet social et mesurent régulièrement les progrès sur leurs objectifs RSE.

 

Le paradoxe de la crise : quand l’engagement RSE déraille

Mais voici le vrai défi : que se passe-t-il lors d’une crise majeure ?

Une entreprise qui s’est engagée publiquement sur la dignité humaine
peut-elle licencier brutalement en cas de crise économique ?

Une entreprise qui proclame son respect environnemental
peut-elle réduire drastiquement son budget RSE ?

Une entreprise qui affiche ses valeurs éthiques
peut-elle basculer dans une gestion autocratique lors d’une situation d’urgence ?

La réponse, brutalement : non. Ou du moins, pas sans conséquences.

Car la crise est le moment de vérité. C’est le moment où l’on voit
si l’engagement éthique est profond ou superficiel.

 

L’éthique de la parole vs. L’éthique de l’action

Nous touchons ici à une distinction fondamentale :
l’éthique de la parole vs. l’éthique de l’action.

Une entreprise qui s’engage (parole) mais ne met pas les moyens (action)
se met en danger considérable. Pire encore :

  • Celui qui ne respecte pas ce qu’il dit (éthique de la parole),
    est perçu comme un menteur.
  • Celui qui ne met pas les moyens pour s’assurer de faire ce qu’il dit
    (éthique d’action) est perçu comme incompétent ou hypocrite.

Les deux sont toxiques pour la réputation. Les deux creusent un fossé entre
la promesse publique et la réalité quotidienne.

 

Vigilance et effectivité : faire, pas juste dire

C’est pourquoi la RSE s’est progressivement armée d’outils d’effectivité :

  • Certification par des tiers indépendants
  • Audit régulier des pratiques
  • Finance éthique (fonds ESG) qui exige des preuves
  • Conformité à des référentiels précis

Mais le problème demeure : combien d’entreprises sont réellement exclues de marchés publics
pour non-respect de clauses sociales ou environnementales ?

La soft law, même armée de ces outils, reste fragile.
Elle dépend de la volonté politique et de la capacité des régulateurs
à appliquer les sanctions.

 

Conclusion : l’éthique comme méthode, pas comme intention

Au terme de cette trilogie, voici la leçon majeure :

L’éthique n’est pas une intention, c’est une méthode.

Que ce soit en crise sanitaire (compliance et prévention), en crise sociale (droits et conflits d’intérêts),
ou au niveau stratégique (RSE et vigilance),
l’éthique impose une démarche rigoureuse,
une transparence et une effectivité.

Elle demande à l’entreprise — et à ses dirigeants — de mettre les outils en place
pour que les engagements se transforment en réalité.

En crise, quand tout presse et que la panique menace,
c’est cette éthique de la méthode qui protège :
elle crée de la confiance, elle démontre la sincérité de l’engagement,
elle fait la différence entre une entreprise qui dit et une entreprise qui fait.

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Gilles Sabart est avocat, auteur et spécialiste reconnu de l’éthique, de la compliance et de la gestion de crise. Il accompagne les dirigeants et leurs équipes pour transformer la gouvernance, prévenir les risques et développer une culture d’entreprise durable et performante.

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